Le flacon, objet de curiosité

 « Un parfum doit être une œuvre d'art, l'objet qui le contient un chef-d’œuvre », Robert Ricci.

 A la fois pièce d’exception et simple réceptacle, petit bijou empreint de singularité et verroterie sans valeur, le flacon de parfum est en soi une énigme. Il est pourtant éminemment stratégique. En effet, c’est à travers lui que s’établit le premier contact avec le consommateur, dont il est chargé de faire naître le désir et l’envie. Plus encore, il incarne une véritable porte d’entrée dans l’univers olfactif de la marque.

 

C’est pourquoi, du coup de crayon du designer aux mains savantes du maître verrier, il s’inscrit dans un processus long et complexe qui exige beaucoup de savoir-faire et plus que tout autre talent, comme le souligne Sylvie de France, à qui l’on doit des flacons pour Hermès ou Yves Rocher, celui de savoir que « chaque flacon est une histoire différente qu’il faut raconter »*.

 

Petit retour en arrière...

Les flacons de verre existaient déjà au temps des pharaons mais ce n’est qu’à l’époque de la Grèce antique que le soufflage du verre voit le jour. On estime ainsi que les premiers flacons de parfums soufflés datent du 1er siècle. 

En revanche, il faut attendre le 20ème siècle pour que cette production devienne à la fois un art et une industrie. C’est le parfumeur François Coty qui est considéré comme l’initiateur du mouvement. En 1910, il charge le maître verrier et artiste René Lalique de lui créer un flacon original pour le parfum Ambre antique et lance sa production de façon industrielle. Le flacon de parfum tel que nous le connaissons est né.

 

Le métier de designer de flacons

Rapidement, il fait le miel d’une petite poignée de professionnels, les concepteurs de flacons. Pour Cœur Joie, son premier parfum lancé en 1946, Robert Ricci fait ainsi appel à Marc Lalique, le fils de René Lalique. Celui-ci dessine un cœur en cristal au centre évidé. Le succès est immédiat. Quelques années plus tard, en 1951, Lalique composera pour L’Air du temps (Nina Ricci) un tourbillon surmonté de deux colombes enlacées célébrant la paix retrouvée. Complètement rococo et néanmoins cultissime.

 Dans une toute autre veine, et ce dès 1921, preuve de son talent précurseur et de son style intemporel, Gabrielle Chanel impose avec son N°5 « un flacon sec et nu qui était en contradiction avec les mièvreries en faveur chez les parfumeurs, un flacon net comme un cube », dixit Edmonde Charles-Roux, sa biographe. Dans la même veine que Coco, Bon Parfumeur fait le pari de la simplicité et décline sa collection de parfums dans un même flacon angulaire, simple mais élégant. Il faut dire, à la décharge de René Lalique, que les maîtres verriers s’accommodent plus facilement du style de Coco que des excentricités de l’héritier de la maison éponyme...

  

Les maîtres verrier, pierre angulaire du processus de fabrication 

De facto, les maîtres verriers jouent un rôle primordial dans l’élaboration des flacons de parfum. Loin d’être de simples exécutants, ils interviennent en amont pour définir avec le designer et la marque le cadre de la faisabilité et les contours de ce qu’il est possible de faire et d’imaginer. 

L’histoire de Catherine Krunas est à ce titre édifiante. Tombée amoureuse d’un magnifique flacon dessiné par le créateur George Delhomme pour le parfumeur Armand Petitjean en 1949, une œuvre unique impossible à produire en masse, elle s’en inspire pour le parfum La Vie est Belle L’Eclat de Lancôme.

Pour réaliser ce rêve, les maîtres verriers repoussent les limites du possible. Aidés par de nouveaux outils comme la 3D, ils réussissent « à travailler le verre à coups de petites formes de diamant et à produire en série un jeu de lumière qui tient de l’art optique »*. Magique.

 

Un flacon, des histoires...

Tous les successeurs de René Lalique s’accordent sur une chose, derrière chaque marque de parfum se cache un créateur qui a une histoire à raconter. Parfois, cela tient à un rien. « La façon dont la styliste Stella Cadente jouait de ses mains m'a donné l'idée du flacon qu'elle souhaitait, quelque chose de rond, très féminin »*, raconte Sylvie de France. Chez Bon Parfumeur, l’envie de Ludovic Bonneton, créateur de la marque, de faire correspondre son parfum à son envie du moment l’amène à imaginer un seul flacon dont la couleur de l’étiquette changerait en fonction du jus : à chaque humeur sa couleur ?  

 

En digne successeur de René Lalique, Pierre Dinand s’est inspiré de la passion de Jan Ahlgren de Vilhem Parfumerie pour le hockey sur glace pour concevoir un flacon en forme de palet, surmonté d’un bouchon en bakélite jaune orangé, composé de cellulose recyclable. En s’ouvrant, le bouchon émet un joli son caractéristique des voitures de luxe. Comme dit Pierre Dinand, « le flacon s’adresse à la fois à la vue, au toucher, et à l’ouïe avant de libérer le parfum »**. Tout un programme.

 

          

* Interview de Catherine Krunas

** Interview de Pierre Dinand


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