Né pour créer

Ils sont nés pour créer

Jean-Paul Guerlain, Jacques Polge, Jean Claude Ellena... Pendant longtemps, le métier de créateur de parfums a été l'apanage des hommes. On pouvait penser que la création était une question de sexe ou de genre, et qu'un nez féminin ne valait pas un nez masculin. Autant de préjugés qui ont volé en éclats ces dernières années. Une nouvelle génération de femmes, déterminée à prendre le pouvoir et à faire bouger les lignes, impose sa signature, subtil mélange de délicatesse et de pragmatisme. Encore peu nombreuses à exercer ce talent, mais majoritaires dans les écoles, les femmes sont bel et bien l'avenir du parfum !

De véritables pionnières

Avant elles, quelques pionnières avaient montré la voie, comme Germaine Cellier, décédée en 1976 à Paris, auteur de Vent Vert, Bandit et Fracas, entre autres. Ou encore Françoise Caron, originaire de Grasse, sœur du parfumeur Olivier Cresp, qui a créé l'Eau de Cologne Hermès, son premier succès en 1978, rebaptisée plus tard Eau d'Orange Verte, un parfum d'une fraîcheur intemporelle. Sur un plan plus international, Sophia Grojsman, qui a créé Paris pour Yves Saint Laurent, Trésor pour Lancôme et Eternity de Calvin Klein, est sans doute celle qui a rendu possible la révolution féminine. Cette immigrée russe vivant à New York, féministe au talent extraordinaire, s'est engagée à former des femmes. Parmi elles, Aliénor Massenet, auteur d'Antidote de Viktor & Rolf, de Only The Brave de Diesel et du récent Run Wild Davidoff.

Aujourd'hui, la parité est en marche. Même si, comme le reconnaît la parfumeuse Sonia Constant, les femmes doivent souvent en faire deux fois plus que les hommes pour obtenir la même considération, la liste des nez féminins ne cesse de s'allonger. Elles sont une cinquantaine en France, et certaines portent le titre prestigieux de parfumeur maison, comme Christine Nagel, nez exclusif d'Hermès, à qui l'on doit récemment Un Jardin sur la Lagune, Twilly et Twilly Eau Poivrée. "Après une formation de chimiste, je travaillais dans le laboratoire de recherche de Firmenich en Suisse, quand j'ai voulu faire une école de parfumerie. Et là, on m'a dit non : parce que j'étais une femme, parce que j'étais une scientifique, parce que je ne venais pas de Grasse, du sérail. Cela ne m'a pas découragée, au contraire. Ce refus m'a poussée à faire autrement. Petit projet après petit projet - et grâce à quelques mentors, dont Alberto Morillas et Michel Almairac - j'ai brisé le plafond de verre, et c'est grâce à ma différence que j'ai pu réussir " raconte celle qui a succédé à Jean-Claude Ellena chez Hermès.

Le sexe du nez

Le constat est édifiant mais il pose une bonne question : le nez a-t-il un sexe ? En d'autres termes, les hommes ne sont peut-être pas plus doués que les femmes pour créer des parfums, mais qu'en est-il des femmes ? Existe-t-il une écriture olfactive typiquement féminine ? La réponse n'est pas évidente. Régulièrement interrogées par la presse, les femmes parfumeuses sont formelles : la création n'est pas une question de sexe, encore moins de genre, mais de sensibilité, de personnalité, d'univers. De même, elles travaillent aussi bien sur les jus masculins que féminins. Poussés dans leurs retranchements, certains d'entre eux reconnaissent, malgré tout, que les hommes sont moins dubitatifs et vont plus facilement droit au but.

Notamment Isabelle Doyen, qui compose tous les parfums pour Annick Goutal, qui a fait sa différence : " Je pense qu'une femme crée un parfum différemment du nez d'un homme. Par exemple, les hommes aiment certains ingrédients auxquels nous ne sommes pas sensibles, comme les notes rappelant l'ambre gris. C'est peut-être leur côté macho. Ils pensent que cela donne de la force au parfum, alors que nous trouvons que c'est un peu sale. Au contraire, sur les notes vanillées, les femmes peuvent être plus à l'aise. "*

Plus mesurée, Sidonie Levasseur, à qui l'on doit 303 de Bon Parfumeur, ne classe pas les parfums en fonction du sexe : " J'ai déjà eu des surprises, et c'est pour cela que je ne veux pas les présenter comme féminins ou masculins. Par exemple, je connais beaucoup de femmes qui portent Terre d'Hermès, tout comme je connais des hommes qui portent des parfums à la rose. Si je peux éviter la générativité. "

Le mot de la fin revient peut-être à Coco... C'est un homme qui a créé le mythique n°5 de Chanel, mais il a formellement respecté la commande de Coco Chanel pour " un parfum de femme avec une odeur de femme ". Une façon de mettre fin à cette Guerre entre nez d'hommes et nez de femmes. Et si le nez était fluide entre les sexes ?

* Magazine Elle

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